LES éPéES DE LA RENAISSANCE
Au début du XVIème siècle, les épées à large lame et à garde en barrette plus ou moins longue continuent à armer les soldats. En fait, l'épée en fer du Moyen âge perdure. Mais, dès la fin du XVe siècle, les forgeurs et fourbisseurs italiens et espagnols orientent leurs recherches pour trouver un système de protection de la main plus efficace que la simple barrette. Cette protection est d'autant plus urgente que le gantelet de fer est de plus en plus abandonné. C'est ainsi que naissent les rapières et les épées dites à taza, évolution de l'épée d'estoc médiévale. Sa lame très effilée, permet donc, en concentrant toute la force sur une pointe, de traverser facilement les protections et les organes. Le travail de pointe est aussi plus rapide que le travail de taille.
Le mot rapière viendrait de l'allemand raspor qui signifie ramasser, ratisser. Raspor devient en vieux Français rasper, puis raspière et finalement rapière. Le mot rapière figure pour la première fois dans un document français daté de 1474, laissant entendre qu'il vient de l'expression espagnole désignant une épée de costume -espada ropera- (de l'espagnol ropa, l'habit). Il semblerait que ce soit bien en Espagne que la rapière apparaît, avant de se répandre en Italie et dans le reste de l'Europe. Certains émettent l'hypothèse que ce mot serait une allusion à la garde des tazas qui ressemble à une rapière ou rape à légumes ou à fromages. Par extension, toutes les épées à longues lames seraient désignées par le mot rapière ! Depuis 1488, la rapière se nomme espee rapiere ou espada ropera en espagnol et depuis 156O, rapier en anglais.
les rapières
On nomme, en général, rapières des épées à lame fine et longue, dont on usait du XVème au XVIIème siècle. La raison fondamentale qui détermine la longueur de la lame est sa capacité à tenir l'adversaire le plus à distance possible. Capo Ferro, maître d'armes à Sienne, définit la longueur idéale de la lame à deux fois celle du bras. Si ce terme continue à être utilisé de nos jours, il semble qu'il subit une éclipse à la fin du XVème siècle. En effet, R.J. Charles rappelle que dans ses Discours sur les Duels, Brantôme relatant le combat d'Azevedo et de Sainte-Croix, à Ferrare en 1512, après avoir écrit que le prieur de Messine vint porter deux rapières bien tranchantes s'empresse d'ajouter : j'useray ainsy de ces mots du temps passé pour suivre le texte...
Mais le mot rapière définissant bien une catégorie d'épée restera en usage. M. Maindron écrit : Dès la première moitié du XVème siècle, les armes blanches, les armes de défense du corps ont atteint la perfection... L'acier forgé des lames et des gardes d'épées est ouvré avec un art dont nos meilleurs forgerons n'ont point conservé le secret (en 1890). Toutes ces armes brillent par la beauté de leurs formes, par leur extrême simplicité. Mais cette simplicité ne durera pas longtemps. Pour perfectionner le système de protection de la main, la garde va se compliquer, complication à laquelle va s'ajouter la fantaisie ou le sens artistique des forgeurs et fourbisseurs. Avec les rapières on va assister à la création des pas-d'âne, à l'amorce de l'arc de jointure, à la naissance des gardes en plateau ou en bol. Devenue l'accessoire indispensable et exclusif du gentilhomme, le port en étant interdit aux manants et aux habitants des villes par arrêté royal, la rapière devient une arme d'apparat, tout en restant une arme de combat.
Au XVIème siècle, les rapières sont enjolivées d'autant plus que son propriétaire est de haut rang. Les montures sont en acier doré, décorées de fils d'argent selon la technique du damasquinage, pratiquée au début, par les seuls italiens. Ce damasquinage se fait par martelage de fils ou de plaques de métaux précieux. Pour faciliter l'adhérence du décor on utilise la technique azzimia (ou azzimine) qui consiste à rainurer l'acier avant l'application des décors. Cette technique, très en vogue, sera appliquée par les fourbisseurs parisiens vers 1570.
Non contents de posséder les rapières les plus belles -et les plus chères- les duellistes eurent une idée originale : les parfumer... et le parfum, retenu par le velours du fourreau, diffusait lentement. Ces duellistes soutenaient que l'agréable senteur, véritable talisman, les aidait à diriger leur rapière sur l'endroit le plus sensible de leur adversaire et que sa mort estoit fort heureusement donnée par une si belle épée. La manie du duel se répand comme une épidémie et en traîne un très grand nombre d'issues tragiques sous les règnes de Louis XII, François Ier et Charles X. On compte pas loin de 8'000 victimes parmis les membres de l'aristocratie.
Il n'en reste pas moins que les rapières n'ont pas que des adeptes, Elisabeth, reine d'Angleterre est effrayée par ces armes redoutables dont la lame pouvait dépasser 1,30 m. Aussi, en 1571, considérant que ces épées sont une offense à la vue et un danger pour la vie de ses sujets, elle décide de faire surveiller les porteurs de rapières et en punition, ses gardes devaient couper les fraises et briser les lames de telle sorte que leur longueur ne dépasse pas un yard, soit 91,4 cm.
Mais cette mesure ne semble pas avoir été appliquée pendant longtemps en Grande-Bretagne et ne fut pas adoptée dans d'autres pays européens. A la fin du XVIème siècle, Egerton Castle, dans son ouvrage intitulé L'Escrime et les Escrimeurs écrit : Si nous voulons trouver une vraie défense, nous devons chercher où elle est.. dans l'emploi de la courte épée.., et non dans le maniement des longues rapières et des poignards bons tout au plus à embrocher les grenouilles...
La forme de la lame des rapières indique nettement, qu'elle est faite pour frapper d'estoc. Pour la tenue en main, le bas de la lame n'est pas affûté, ce qui permet de passer, de part et d'autre, l'index et le médium, alors que les trois autres doigts se replient sur la fusée, Ce dispositif, d'origine italienne, prend le nom de ricasso.
les tazas
Taza signifie en espagnol : tasse ou bol. Cette appellation est en accord avec la forme hémisphérique de la garde qui protège parfaitement la main. Les tazas, ainsi que les rapières, ont une longue lame pour frapper d'estoc. Dans le bol, il existe un ricasso, parfois doublé d'un pas-d'âne surmonté, en général, de quillons.
Tout l'art des ciseleurs concerne la décoration de la tasse. Celle-ci est ornée de motifs ajourés souvent floraux.
Selon F-H. Lucera, la taza est chargée de symbole. Cet auteur voit, dans le ricasso, non seulement le T de Tolède mais aussi le signe magique tau, symbole que le christianisme hellénisé a donné aux évêques thaumaturges concurremment au litus spiralé de la vouivre. Le litus, précisons-le, est le symbole tellurique de la connaissance souvent représenté par un serpent.
Selon le même auteur, l'épée comporte un axe des pôles que coupe un axe des solstices représentés respectivement par la lame et la garde se croisant à angle droit. La taza suggère son complément invisible qui ferait d'elle un globe complet, symbolisant l'univers et le pommeau figurerait une planète. Souvent la garde de la taza est perforée de nombreux trous laissant passer la lumière et figurerait les étoiles...
La lame possède généralement, une gouttière médiane plus ou moins longue. Les fourreaux, très rarement conservés, sont de cuir à trois garnitures, les deux supérieures portant des anneaux de bélière. La longueur totale des tazas peut atteindre près de 140 cm.
BIBLIOGRAPHIE
LHOSTE Jean, Les épées portées en France, des origines à nos jours, éd. du Portail, 2003.
SACH Jan, Encyclopédie illustrée : Les Armes Blanches, éd. française Gründ, Paris, 1999.

