Militia Genavae - l'escrime historique, un art martial europeen

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ill titleLa tradition germanique du combat médiéval

L'Allemagne de la fin du Moyen âge est un regroupement politique des terres d'Europe occidentale et centrale composé de duchés, villes franches, principautés, évêchés et bien d'autres appelé Saint Empire Romain Germanique. L'empereur n'avait pas un pouvoir très fort, des nobles ou des ligues rivales se cherchaient souvent querelle ou se faisaient la guerre. Les routes étaient dangereuses.

Dans ce contexte, un maître d'armes jouait un rôle important. Des guildes de maîtres d'armes comme le Federfechter ou bien le Marxbrueder (l'Association de St. Marcus de Loewenberg) étaient constituées par des bourgeois ou des commerçants. Tous les maîtres d'armes sinon la majorité tirent leur enseignement dans la tradition de l'art martial germanique mis en place par Johannes Liechtenauer.

histoire de l'escrime - Johannes Liechtenauer

On pense que Liechtenauer est né autour de 1300 à Liechtenau en Franconie. Peu d'informations nous sont parvenues sur lui. On sait qu'il a voyagé à travers de nombreuses contrées en Europe pour apprendre son art. Il n'a pas laissé de notes de sa personne, il est connu par les élèves et les émules qui ont suivi ses pas. Liechtenauer a encrypté son art du combat en 350 vers qui forment des couplets. Ses vers sont connus sous le nom de Mekverse (vers d'enseignement). Les vers semblent avoir deux buts : le premier est de rendre le manuscrit difficile d'accès à des non-initiés, le deuxième de servir de moyen mnémotechnique aux initiés.

Liechtenauer base son système de combat sur le maniement de l'épée longue (Langschwert) appelée aussi épée bâtarde. Il utilise cette arme comme base d'exemple pour d'autres disciplines martiales comme la lutte, le combat au messer (couteau) ou au bâton. Son oeuvre comporte trois grandes parties : le Blossfechten ou combat sans armure, le Harnischfechten ou combat avec armure et le Rossfechten ou combat à cheval.

Son travail de compilation et de codification va être utilisé et commenté par ses disciples et successeurs pendant 250 ans. On parle ainsi de tradition. Voici une liste des oeuvres le plus connues de la tradition Liechtenauer.

Doebringer Hausbuch (1389): Cod.HS.3227a, Germanisches Nationalmuseum, Nuremberg. Le premier manuscrit de la tradition. Il est appelé ainsi car il est fait référence d'un maître d'armes, un clerc nommé Hanko Doebringer. Le manuscrit comporte de nombreuses observations sur la stratégie et les tactiques de combat. Il contient des commentaires incomplets sur les vers de Liechtenauer et quelques techniques supplémentaires à l'épée longue, la dague et la lutte. Le manuscrit ne traite pas uniquement du combat, il contient aussi des remèdes à bases de plantes, des formules magiques.

Ringeck Fechtbuch (environ 1440) : Ms. Dresden C 487 à la Sachsische Lendesbibliothek, à Dresde. Ce traité est attribué à Sigmund Ringeck maître d'armes d'Albrecht, Comte Palatin du Rhin et Duc de Bavière. Il s'agit sûrement d'Albert III (1401-1460). Son ouvrage déchiffre les vers de Lichtenauer et y ajoute de nombreux commentaires sur l'épée longue, le combat à l'épée et la bocle (bouclier), la lutte, le combat en armure à pied et à cheval. Il existe une copie illustrée datant de 1539 (Sigmund Schining, Cod. I.6.2.5) et commanditée par Paulus Hector Mair.

histoire de l'escrime - Peter Von Danzig

Von Danzig Fechtbuch (1452) : Cod. 44 A 8 (MS 1449), Bibliotheca dell'Academica Nazionale dei Lincei e Corsiniana. Un large compendium contenant des commentaires anonymes sur le combat à l'épée longue avec et sans, armure ainsi que le combat monté. Il inclut aussi la lutte, le combat en armure et le combat à la dague selon un maître nommé Andres Lignitzer ; le combat en armure, à pied et à cheval ainsi que la dague selon maître Martin Huntfeltz ; finalement un autre commentaire sur le combat en armure selon Liechtenauer par maître Peter von Dantzig d'Ingolstadt, qui a donné le nom au manuscrit. C'est le seul ouvrage qui comporte une représentation possible de Lichtenauer.

Juden Lew (environ 1450/1452) : Codex I.6.4.3, Universitaetsbibliothek, Augsburg. Un autre compendium contenant des commentaires anonymes sur les vers de Liechtenauer au sujet de l'épée longue. Ce manuscrit comme le von Danzig doivent avoir la même source. Le Juden Lew contient le même matériel attribué à Lignitzer et Huntfeltz.

Paulus Kal (2ème moitié du XVe s.) : Cgm 1507, Bayerishe Staatsbibliotek, Munich. Paulus kal était un maître d'armes au service de Ludwig IX, Comte Palatin du Rhin, Duc de la haute et la basse Bavière. Il inclut le combat en armure monté avec la lance et l'épée, à pied avec la lance, l'épée, la dague et la hache de guerre (pollaxe). Il inclut aussi le combat judiciaire sans armure avec des boucliers de duel spéciaux, la bocle et l'épée, l'épée longue, le messer, la dague et la lutte. De nombreux croquis sont accompagnés par des vers de Liechtenauer, ce qui permet d'illustrer le travail de celui-ci. Paulus Kal donne une liste de maîtres du "cercle de Liechtenauer" dont il fait lui même partie: Peter Wildhans Von Glass, Peter Von Danzig, Hans Schindler Von Zwayen, Lamprecht Von Prague, Hans Von Erfurt, Andreas Lignitzer, Jacob Lignitzer (frere d'Andreas), Siegmund Ringeck, Hartmann Von Nuernberg, Mertein Hundsfelder, Hans Paegnitzer, Philhippe Perger, Virgil Von Krakau, Dietrich Degen Von Braunschweig, Ott le juif, Stettner.

histoire de l'escrime - Hans Talhoffer

Hans Talhoffer (1459, 1467) :

Hans Talhoffer est le plus connu des maîtres d'armes germaniques. Le nom de Talhoffer apparaît dans les archives de Zurich, qui indiquent comment il enseigna occasionnellement près du Rathaus (conseil municipal) en 1454. Il a écrit plusieurs traités à partir de 1443. D'autres éditions apparaissent en 1452, 1459 et 1467. Son oeuvre ressemble beaucoup au travail de Paulus Kal. Talhoffer traite de l'épée longue, du messer, de l'épée et de la bocle, de la dague, de la lutte, du bouclier judiciaire ainsi que du combat en armure à pied et à cheval. Certains de ses manuscrits commencent avec des vers de Liechtenauer d'autres par ses propres couplets.

Johannes Leckuechner (1482): Cod. Pal. Germ. 430 Heidelberg et Cgm 582. Hils no. 33, Bayerishe staatsbibliothek, Munich. Leckuechner était un prêtre et un escrimeur dans la région de Nuremberg. Il a été inscrit à l'université de Leipzig en 1455 ou il reçut son bacalaureus en 1457. Il est consacré acolyte en 1459 et prêtre peu avant 1478. Il est employé comme prêtre communal à Herzogenaurach (Bavière) de 1480 au 31 décembre 1482, date de son décès. Son traité nous donne des instructions sur le maniement du messer. Son système est basé sur l'enseignement de Liechtenauer et applique la même terminologie présente dans les techniques de l'épée longue de celui-ci.

Hans von Spier (1491) : Handschrift M I 29, Universtaetsbibliothek, Salzburg. Un compendium qui répète beaucoup le travail de Juden Lew, avec en addition des séquences d'un maître Martin Siber, plus le Messerfechten (combat au messer) du maître Johannes Leckuechner, qui a adapté les techniques de Liechtenauer à cette arme.

Joachim Meyer (1570) : Le traité de Meyer représente une des plus grandes inspirations pour la pratique du combat à la renaissance. Meyer était un maître d'armes professionnel au sein de la guilde de Marxbrueder à Strasbourg. Il est l'auteur du Gruendtliche Beschreibung der Kunst des Fechten, (Descriptions fondamentales de l'art du combat) publié en 1570. Il sera réimprimé à Augsburg en 1600 et devient une grande source d'inspiration pour les traités du XVIe et XVIIe siècle. Meyer a inspiré et influencé de nombreux instructeurs dont le maître d'armes Jacob Sutor et l'italien Théodor Verolinus dont leurs traités (1612 et 1672) sont une rédaction simplifiée du travail de Meyer. Il est aussi référence dans un traité d'Heinrich von Gunterrodt (1579) et est le seul maître allemand listé dans le traité de Giuseppe Morsicato Pallavicini. Meyer est originaire de Bâle et devient un bourgeois de Strasbourg en épousant une veuve en 1560 durant son apprentissage de coutelier. Il vivra de son métier et de celui de maître d'armes jusqu'en 1570, date à laquelle il fait publier son traité qui le rendra fameux. Très endetté par la publication de son livre et la recherche de potentiels acheteurs, il quitte Strasbourg pour travailler comme maître d'armes à la cour du Duc de Schwerin. Il mourra peu de temps après son entrée au service du Duc laissant la charge de rembourser la dette à sa femme et son beau-frère.

Son traité contient cinq sections : épée longue, dussack, rapière, dague et les armes emmanchées (bâton, hallebarde, pique). Son travail à la rapière est inspiré des travaux de Viggiani et Di Grassi. Il est considéré comme le dernier grand maître du courant Liechtenauer.

Paulus Hector Mair (1579): Cod. Vindob. 10825/26. Hils. No. 28, Oesterreichesische Nationalbibliothek, Vienne. Originaire d'Augsbourg, Mair va passer sa vie à thésauriser les traités d'escrime pour en tirer la quintessence de l'art du combat. Il voulait créer un traité qui surpassât tous ces prédécesseurs. Il engagera un peintre (Joerg Breu le jeune) ainsi que deux combattants expérimentés chargés de perfectionner les techniques avant d'être peintes. Le projet se montrera très coûteux, prenant plusieurs années, consumant la plupart des revenus de sa famille et de ses biens. Pendant de nombreuses années, il détournera des fonds de la trésorerie de la ville dont la charge de superviseur lui avait été confiée en 1541. Il finira pendu en 1579. Trois versions de sa compilation ainsi qu'un manuscrit seront préservés. Ainsi finit la vie de la plus intrigante figure de l'école germanique de combat.